Acte I, scène 4 : Castlevania, une licence occidentale ?

Nombre de détracteurs du premier Lords of Shadow mettent bien souvent l’accent sur le fait qu’il n’est pas un vrai Castlevania pour eux ; pourtant, comme indiqué précédemment, la série a connu plusieurs révolutions dans son histoire, des hauts comme des bas, ce reboot n’en est qu’une nouvelle vision, et on peut se demander ce qui dérange à ce point certains fans. Peut-être est-ce le fait que ce ne sont plus des Japonais aux commandes mais des Européens, avec donc pour résultat un jeu nourri d’une sensibilité et d’une culture différente des opus précédents ? Ce serait oublier que Castlevania – aussi nippon soit-il à l’origine – baigne dans la littérature et le cinéma occidentaux depuis son premier épisode !

En effet, la série s’est construite autour de créatures fantastiques et populaires – Dracula en tête de file (et boss de fin) mais également la Mort, ou encore le monstre de Frankenstein pour ne citer que les plus connus – accompagnés de leurs sbires zombies, goules, et autres chauve-souris… En somme, c’est tout un bestiaire sinistre que doivent affronter les membres de la famille Belmont (et associés) depuis le premier épisode qui puise allègrement dans les films fantastiques, d’horreur et d’aventures de Universal (aux USA) et de la Hammer (société de production britannique), lesquels ont notamment porté à l’écran le plus célèbre des vampires sous les traits de Bela Lugosi comme de Christopher Lee.

Dracula HammerEn outre, on pourra également souligner l’origine du nom de famille de chasseurs de vampires de Castlevania : au Japon, « Belmont » est en réalité « Belmondo » ; oui, comme le nom de l’acteur français très populaire au pays du soleil levant et ayant également inspiré le personnage éponyme du manga et anime Cobra (créé par Buichi Terazawa) au passage !

Mais là où l’approche japonaise de la série a évolué et s’est détaché de la culture européenne (notamment sous la houlette du tumultueux Koji « IGA » Igarashi et de l’illustratrice Ayami Kojima), c’est dans le style graphique. En effet, l’ambiance gothique de Castlevania doit beaucoup à l’apparence romantique et aristocratique à tendance androgyne de ses personnages principaux depuis qu’un vrai semblant d’histoire (et de chronologie entre les épisodes) a été souhaité par Konami pour étoffer le background de la série. En comparaison, les personnages de Lords of Shadow (Gabriel en tête) sont bien plus carrés et imposent leur présence physique d’une manière bien plus singulière voire bestiale.

Quant à la musique, elle est également l’une des marques de fabrique les plus réputées de la saga – variant entre baroque, classique, mélancolique ou encore jazz – et nombre de fans ont été très déçus de ne pas retrouver cet ingrédient propre à la série et gage de qualité dans Lords of Shadow (sinon sous forme de clin d’œil dans le niveau « la boîte à musique » ou dans quelques sonorités familières au début du niveau « Les Chutes d’Agharta »).

Pourtant, les thèmes du compositeur Oscar Araujo n’en demeurent pas moins excellents dans leur genre, rappelant la grandeur éloquente des cuivres teintée d’esprit guerrier de ceux d’un Howard Shore (compositeur de la trilogie Le Seigneur des Anneaux) ou d’un Hans Zimmer (compositeur de Gladiator, Pirates des Caraïbes, ou encore de la trilogie Batman de Christopher Nolan) qui sied vraiment à merveille le ton et l’ambiance de Lords of Shadow. Et oui, car qui dit reboot dit reconstruction de la licence et ici réappropriation du style gothique et de la légende de Dracula !

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Acte I, scène 5 : Lords of Shadow ou Lord of the Rings ?