Acte III, scène 5 : La malédiction de Dracula ?

On le sait tous depuis le premier Castlevania sur NES, le Prince des Ténèbres est appelé à revenir régulièrement perturber la quiétude des habitants de Transylvanie (sinon du monde par extension) pour semer désordre et chaos, et tout Belmont armé du fouet Vampire Killer qui soit ne le sait que trop bien : la paix n’est jamais que temporaire, les forces du Mal reviendront un jour ou l’autre, car Dracula est immortel. Dans la trilogie Lords of Shadow, le Comte n’est pas exempt de cette faculté mais il la porte davantage comme un fardeau qu’un don de Dieu, et s’il est pleinement conscient de son état, l’idée d’en finir pour de bon avec son existence germe dans son esprit au fil des siècles. Aussi, quand Zobek lui demande son aide au début de Lords of Shadow 2, ce n’est qu’en échange de sa propre mort que Dracula accepte le marché de son vieil ennemi.

Autant dans Mirror of Fate on sentait un Prince des Ténèbres digne de ce nom qui avait renié Dieu et les hommes, bien décidé à mener une éternité de vengeance et de ressentiment en régnant sans partage sur le monde, autant le Dracula auquel on a affaire dans Lords of Shadow 2 n’est plus le même. Certes il a perdu la majeure partie de ses pouvoirs d’antan et de sa verve une fois l’introduction du jeu passée, mais sa reconstitution physique va aller de pair avec celle de son esprit pour le moins embrumé. Ainsi peut-on voir tous les passages dans son ancienne demeure comme un profond sondage de son âme, aussi tortueuse et étrange que son immortalité puisse générer, expliquant par là-même la réapparition de certains personnages qu’on croyait disparus à jamais ou qui n’étaient jamais apparus sous cette forme jusqu’à présent dans la trilogie. Comme déjà développé précédemment, le château de Dracula est un personnage à part entière dans Castlevania, et l’extension même de son propriétaire, aussi n’est-il guère surprenant que le Comte  doive s’y battre pour vaincre ses démons intérieurs et y voir plus clair dans sa quête.

Tortured DraculaAinsi est-on loin de l’image très manichéenne que l’on a traditionnellement de Dracula dans la série et largement véhiculée dans le cinéma, émanant de celle du vampire originel imaginé par Bram Stoker en 1897 qui sera transformée en prédateur torturé dans le long-métrage de Francis Ford Coppola en 1992. Dans Lords of Shadow 2, victime de sa condition d’immortel et de son amour perdu, Dracula est davantage un personnage à plaindre qu’à véritablement craindre. C’est une créature de la nuit nourrie de passion qui fera tout pour trouver un sens à son existence éternelle, comme celle d’y mettre fin. C’est un personnage à la fois romantique et tragique qui ne pense pouvoir trouver le vrai repos que dans la mort qui lui échappe depuis toujours. Aussi n’hésite t-il pas à passer un marché avec son vieil ennemi, tel un pacte avec le Diable, pour mettre un terme à sa détresse !

Par ailleurs, si Dracula semble avoir la volonté somme toute personnelle pour ne pas dire égoïste d’empêcher le retour sur Terre de Satan pour assouvir son rêve de mortalité, sa quête intérieure (donc au sein de sa demeure) apparaît à la fois comme une tentative de rédemption de sa part comme un moyen de récupérer ses pouvoirs enfouis au plus profond de son être. C’est pourquoi la clé de son esprit se manifeste sous la forme d’un jeune garçon – le fils qu’il n’a jamais pu élever – puis d’un loup, et qu’il n’aura de cesse de rencontrer d’autres personnages morts pour tenter de rectifier les choses avec eux dans cette réalité alternative, afin d’approcher le bonheur tout au mieux sinon un apaisement spirituel. Seulement son ego négatif, matérialisé par le « mauvais » sang dans son château, ne l’entend pas ainsi et se rebelle contre le Comte qui voudrait se soustraire de son emprise, de manière à l’empêcher de fuir…

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Acte III, scène 6 : Un Castlevania intrinsèquement gothique ?