Paru au Japon le 3 janvier 1993 et quelques mois plus tard en occident, Akumajō Special : Boku Dracula-kun est la « suite » du jeu Famicom éponyme jamais sorti de l’archipel nippon (dans les bacs dès le 19 octobre 1990) rebaptisé Kid Dracula pour sa version internationale sur la première console portable de Nintendo. Mais à vrai dire il s’agit davantage d’un remake du titre 8-bits que d’un jeu 100% inédit permettant aux joueurs du monde entier de s’amuser avec le personnage donnant son titre au software (d’ailleurs la ressemblance entre les deux volets sera encore plus flagrante en comparant les boîtes des jeux). Episode vraiment à part de Castlevania comme son prédécesseur, Kid Dracula ne rentre absolument pas dans les canons de la licence ; en effet, il s’agit là d’un spin-off parodique de son univers mais pourtant bien officiel car signé Konami !

Kid Dracula Game Boy coverLa boîte annonce la couleur !

Ainsi, le jeu a pour héros Kid Dracula, un « jeune » vampire de 10009 ans réveillé d’un très long sommeil par un personnage bien connu des fans de Castlevania : la Mort ! Alliée de toujours du Prince des Ténèbres, la Faucheuse dans une version kawaii explique au héros que Galamoth (orthographié Garamoth chez nous), créature reptilienne déjà défait par Kid Dracula sur Famicom, a (re)pris possession de la planète en prenant soin d’enrôler les sbires du petit seigneur au passage ! Au jeune vampire incombe ainsi la tâche d’aller montrer au tenace despote (souverain auto-proclamé de la la Terre sur Famicom et carrément de l’espace sur Game Boy !) qui est le véritable maître des lieux en parcourant huit niveaux gardés par un ou plusieurs bosses

Kid Dracula 00Akumajō Special : Boku Dracula-kun sur Famicom et Game Boy, même combat ?

Au passage, on notera que l’identité réelle du héros n’est pas claire : si d’un côté on pense vite à une version parodique du fils de Dracula – à savoir Alucard – déjà car il s’agit d’un enfant, de sa chevelure blanche et que la Mort mentionne son père (sans jamais le nommer directement) que l’on peut voir en tableau dans le premier niveau du jeu, il se pourrait bien qu’il s’agisse en réalité du Prince des Ténèbres lui-même bien avant que son combat contre l’humanité ne commence, son nom dans le jeu justifiant alors sa forme enfantine ! Ceci dit, on concèdera que ce manque de précision ne change pas grand chose au bout du compte, même si on s’amusera de plusieurs clins d’œil à l’univers de Kid Dracula dans quelques épisodes ultérieurs de Castlevania notamment Symphony of the Night avec Alucard…

Kid Dracula 01C’est mal parti…

Ainsi, une fois la petite introduction passée avec la Mort expliquant au héros et au joueur de quoi il en retourne et les pouvoirs à disposition dans un bref tutoriel très arcade, le jeu s’ouvre sur Kid Dracula au pied de son cercueil dans un château ressemblant beaucoup au Castlevania des jeux NES / Famicom (notamment à celui de Dracula’s Curse, dernier épisode en date au Japon à la sortie du premier Akumajō Special : Boku Dracula-kun ). L’impression de déjà-vu (ou déjà-joué) s’accentue avec la musique Go Go at the Castle qui est un remix très enjoué tirant vers les aigus de Beginning (NDLR : c’est le thème du niveau 1 de Dracula’s Curse) – bien que pas forcément décelable à la première écoute.

Beginning

Go Go at the Castle

Le contact des premiers pièges et ennemis du château est également très familier : couloirs aux herses piquantes tombant telles des guillotines, rouages de tour d’horloge, longues plates-formes pivotantes semblables à celles du bateau fantôme de Dracula’s Curse, zombies, chevaliers en armures armés de lances, chauve-souris, et même la créature de Frankenstein (dénommée Frankenpunk ici) arborant un joli nœud de petite fille dans les cheveux et multipliée en guise de sbires à vaincre (et plus en boss singulier à défaire) fonçant en riant sur le héros !

Kid Dracula 02Ça me rappelle quelque chose…

Pas de doute, le style SD (NDLR : Super Deformed, c’est-à-dire dessiné avec une tête énorme par rapport au reste du corps) des personnages renforce bel et bien le caractère parodique du jeu jusqu’à la présence de la lune au visage dormeur avant le donjon et le premier combat de boss(es). Sur Famicom, le rapprochement avec Dracula’s Curse sera encore plus prononcé dans certains passages comme celui où Kid Dracula doit sauter sur un balancier d’horloge ou encore plus évident lorsqu’il doit atteindre le donjon vers le premier boss

Kid Dracula 03Ça me rappelle VRAIMENT quelque chose !

Pourtant, incarnation d’un vampire oblige, le gameplay se détache très vite des Castlevania car Kid Dracula ne se sert pas d’un fouet comme un Belmont le ferait mais possède ses propres attaques, à savoir de simples boules de feu, ce qui est logique si on se réfère à celles du Prince des Ténèbres ou de son fils dans Dracula’s Curse… En fait, le héros se manipule davantage comme un personnage phare du rival de Konami, j’ai nommé Rock Man de Capcom bien plus connu sous son appellation internationale : Mega Man ! Mieux que le concurrent lui-même à cette époque, Kid Dracula peut mitrailler ses ennemis dans quatre directions : à gauche, à droite, vers le haut et vers le bas (en sautant au dessus d’un adversaire), et même concentrer son tir en gardant B appuyé quelques secondes pour un coup plus puissant en relâchant ce même bouton. La capacité de sauter reste elle très classique (c’est-à-dire plus ou moins haut suivant la pression du bouton A) mais à cela s’ajoute un premier pouvoir disponible dès le début : celui de se transformer temporairement (cinq secondes maximum) en chauve-souris pour voler dans les niveaux (capacité débloquée bien plus tard dans le jeu sur Famicom) !

Kid Dracula 04Dracula Man ou Mega Dracula ?

Ainsi, sous couverture d’une gentille parodie de l’une de ses licences phares comme l’éditeur avait déjà pu le faire dès 1988 dans Wai Wai World, Konami se fait en réalité les crocs sur le gameplay de son concurrent principal Capcom. En effet, il faut bien se rendre compte que le détournement pur et dur de Castlevania s’efface dès la fin du premier niveau et que la référence à Mega Man ne se limite pas uniquement à la façon de jouer dans ce jeu Game Boy comme nous le verrons plus loin ; si le titre Famicom s’appuyait davantage sur les jeux de plate-forme en général avec une très nette orientation sur la dernière aventure de l’époque de la mascotte de Nintendo – à savoir Super Mario Bros. 3 – que ce soit dans les thèmes des niveaux (eau, glace, désert, ciel), dans son grand méchant (Galamoth dans sa première forme comme Bowser sont deux dinosaures mégalomanes) en incluant diverses références à la culture populaire américaine vue par les Japonais (rien que le niveau se déroulant sur le sommet des gratte-ciels – avec ses gangsters ressemblant beaucoup à Spiderman mais habillés en bleu ! – et le toit du métro de New York avec ses hordes de loubards punks par exemple), Kid Dracula réorganise nombre d’idées de son prédécesseur et en introduit d’autres pour s’amuser avec le joueur.

Kid Dracula 05Super Dracula Bros. ou Kid Mario ?

D’abord, le jeu possède une carte (ou même deux pour être exact) s’affichant entre deux niveaux une fois le premier achevé qui justifie le changement de décor là où l’épisode Famicom passait d’un paysage à l’autre sans transition et sans que le joueur ne comprenne pourquoi Kid Dracula allait aussi brusquement d’une destination à une autre aussi différente après avoir vaincu un boss. Certes c’est là le seul intérêt d’un tel élément car la  carte n’est pas jouable comme celles de Super Mario Bros. 3 par exemple, mais force est de reconnaître que sa présence créé du lien entre les niveaux et offre une petite perspective de ceux à venir.

Kid Dracula 06Le chemin n’est pas aussi long qu’il n’y paraît…

Kid Dracula 07 - Boss 01Alors, c’est qui la terreur ici ?!

Ainsi, après le château de Castlevania où la confrontation avec trois générations de fantômes s’achève sur un éclat de rire du joueur quand le dernier ennemi meurt de fatigue (alors que sur Famicom seulement deux spectres se succédaient), Kid Dracula traverse en plein jour – chose très étrange pour un vampire ! – la forêt des idiots pouvant éventuellement rappeler les bois brumeux de Dracula’s Curse (mais sans son aspect sombre et angoissant, on reste dans un esprit léger ici) au terme de laquelle il affrontera une version SD de Jason Voorhees, le célèbre tueur des films Vendredi 13, ici armé d’une hache puis d’un fusil à pompe et se terrant dans une cabane, ou plutôt de son détournement vidéoludique – à savoir Rick, le héros de Splatterhouse de Namco lui-même parodié sur Famicom dans Splatterhouse : Wanpaku Graffiti en 1989 !

Kid Dracula 08 - Level & Boss 02Jason au fond d’une forêt ? Même pas peur d’abord !

Le niveau suivant se détache quant à lui complètement de Castlevania car il se déroule dans le ciel avec des montagnes russes très haut perchées, mais étant donné qu’il reprend très largement le deuxième de la version Famicom pour asseoir davantage le caractère parodique plus global du jeu si besoin en est encore, on ne pourra décemment pas lui reprocher ce nouvel écart de conduite entamé dès le stage précédent.

Kid Dracula 09 - Level & Boss 03Ne prenez pas les gens de haut s’il vous poulet !

Après avoir battu un poulet volant – malicieusement appelé « l’esprit du dernier poulet rôti que tu as mangé » dans la notice – et sa progéniture à l’issue de ce niveau (qu’on peut voir comme un clin d’œil à la nourriture cachée dans certains murs de Castlevania même s’il s’agit plutôt de porc d’habitude), Kid Dracula reste dans les hautes sphères pour se battre sur des bateaux fantômes volants – eux aussi principalement repris de la Famicom rappelant ceux de Super Mario Bros. 3 – qui évoquent le bateau hanté des fous de Dracula’s Curse (à l’intérieur duquel on retrouve ces fameuses plates-formes qui se retournent quand on saute dessus dès le premier niveau du troisième épisode NES) pour rester attaché à Castlevania encore une fois. Au bout de son exploration, le héros affrontera Witchie Wench, sorte de sorcier (ou sorcière, witchie étant dérivé de witch – soit sorcière en français – et wench signifiant servante) armé(e) d’une faux qu’il/elle jette à son adversaire évoquant fatalement la redoutable Mort ! Mais ce n’est pas tout car ensuite apparaît un robot géant, boss du niveau d’origine dans le jeu Famicom…

Kid Dracula 10 - Level & Bosses 04Le mélange des jeux ou des genres ?

Le cinquième niveau (repris du septième sur Famicom) fait monter Kid Dracula jusque dans l’espace à travers une sorte de long ascenseur sous verre en le faisant sauter rapidement de plate-forme en plate-forme pour ne pas se faire rattraper par le scrolling et mourir ! Une fois l’ascension sans réel droit à l’erreur achevée, le héros doit se débarrasser d’une flotte de soucoupes volantes et de quelques extra-terrestres (malicieusement appelés Trance Fusion dans la notice) avant de se frotter à Galamoth lui-même armé d’une sorte de sabre laser, du moins c’est ce que l’on est bien tenté de croire avant que l’on ne découvre qu’il s’agit en réalité d’un autre habitant de l’espace caché dans une armure à l’effigie du dinosaure !

Kid Dracula 11 - Level & Boss 05Vers l’infini et Galamoth !

Changement de carte avant d’entamer le niveau six : Kid Dracula se rapproche de la forteresse spatiale de sa Némésis ressemblant étrangement à un énorme château lugubre comme Castlevania… Mais avant d’y pénétrer le héros doit traverser une région volcanique pour défaire un kirin (NDLR : un animal mythologique chinois à mi-chemin entre le cerf et le cheval) – lequel ressemble davantage à un énorme chien barbu ici – ainsi que ses rejetons.

Kid Dracula 12 - Level & Boss 06Kid Dracula a chaud aux fesses !

Le voyage se poursuit sous la surface de la planète inhospitalière de Galamoth, plus précisément dans des mines où Kid Dracula devra creuser son chemin à coup de son tir bombe ! Ce même pouvoir lui permettra en outre de se débarrasser du boss, un robot (appelé Metal the Heavy dans la notice, je vous laisse comprendre la subtilité) armé d’un marteau dont il se sert pour envoyer des blocs dévastateurs au héros…

Kid Dracula 13 - Level & Boss 07Six pieds sous terre mais pas enfermé pour autant…

Pour le niveau final au sein-même de la forteresse de Galamoth, le vampire aura d’abord fort à faire à descendre sans encombre les plates-formes de la première partie des lieux sans que le scrolling ne le rattrape, puis il remontera très haut en évitant les pièges piquants parsemant l’ascension des nombreux couloirs antigravitationnels lui permettant d’atteindre la dernière partie de la forteresse – très horizontale quant à elle – où il devra éviter les dangers venant du haut ou du bas de l’écran comme les têtes de vis robotiques, les crabes lanceurs de projectiles ou les aliens cracheurs de feu ! Et enfin arrive le moment de la confrontation finale, quasi-identique à celle sur Famicom (en deux phases ici), entre Kid Dracula et Galamoth de laquelle le vampire sortira vainqueur bien évidemment…

Kid Dracula 14 - Level & Boss 08C’est qui le roi du monde ?!

Mais pour parvenir à la fin du jeu, le héros récupèrera d’abord ses pouvoirs après chaque niveau (jusqu’au cinquième), enfin il s’en rappellera plutôt (parodie oblige jusqu’au bout, Kid Dracula ne prend rien au sérieux et la Mort a même des doutes sur sa réelle capacité à accomplir sa mission) ; pour commencer la bat attack pourra envoyer trois petites chauve-souris (sbires du vampire qui l’ont trahies pendant son sommeil mais finalement redevenues loyales envers leur maître après la fin du niveau 1) en arc de cercle au dessus de lui ;  puis le homing shot (littéralement tir à tête chercheuse) lui permettra de déployer cinq boules de feu à la fois sur ses ennemis ; ensuite la possibilité temporaire de marcher au plafond la tête à l’envers sera accessible ; et enfin Kid Dracula se souviendra de son tir bombe capable d’exploser certaines briques (à utiliser dans les mines mais surtout redoutable contre les bosses) et recevra en même temps le parapluie de son père ( !) pour se protéger de projectiles divers (voire de petits ennemis).

Kid Dracula 15Petit vampire mais grands pouvoirs !

Pour autant les choses ne sont pas aussi faciles qu’elles n’y paraissent même avec ces pouvoirs car Kid Dracula n’est pas un jeu de plate-forme si aisé que cela malgré son aspect kawaii. Pour preuve, l’énergie du héros se perd (très) vite, et même si on peut trouver des conteneurs supplémentaires pouvant augmenter jusqu’à cinq le nombre de cœurs, un game over ramènera fatalement le chiffre à son niveau initial après un continue (heureusement en quantité infinie sans oublier que le jeu est également pourvu d’un système de mots de passe). Aussi, bien que le jeu Game Boy soit globalement plus accessible que son prédécesseur sur Famicom, il faudra tout de même connaître les pièges, les ennemis et surtout les patterns des bosses sur le bout des doigts pour espérer triompher.

Kid Dracula 16La bourse ou la vie ?

Afin d’y parvenir sans trop de peine, l’issue de chaque niveau permet au joueur/héros de participer à plusieurs mini-jeux bonus (eux-mêmes presque tirés au sort sur console de salon ou portable) pour gagner des vies supplémentaires mais pour cela il faudra avoir récupéré suffisamment de pièces dans les niveaux, sésames qu’on obtient en tuant les ennemis par un tir normal concentré ou une attaque spéciale (sachant qu’il en faut dix pour jouer à un jeu, il vaut mieux faire le plein au lieu d’essayer d’en gagner aléatoirement à la roulette) ; le premier mini-jeu consiste à attraper le plus de chauve-souris possible en trente secondes à l’aide d’un filet à papillons ; le deuxième demande de faire rentrer le plus d’épées possible dans un tonneau où se trouve un squelette sans que la tête de celui-ci ne saute ; le troisième est la version transylvanienne de pierre-feuille-ciseau dans laquelle Kid Dracula devra frapper son adversaire ou se protéger suivant la combinaison obtenue ; enfin le quatrième affuble le héros d’un casque à pointes et le met sur un dispositif à ressort pour qu’il fasse exploser le maximum de ballons de baudruches qui arrivent en trente secondes ; ce dernier mini-jeu est d’ailleurs le plus facile de tous et permet d’engranger des vies assez facilement. On trouve quelques différences sur Famicom (une sélection des jeux via un chemin presque totalement défini annoncé par un présentateur et une poignée d’autres épreuves sans grand intérêt) mais on préfèrera la version Game Boy qui est plus optimisée car bien moins aléatoire et plus amusante dans l’ensemble. En résumé, ces intermèdes similaires à des jeux de foire ajoutent si besoin en est encore à l’esprit bon enfant du titre et constituent une preuve supplémentaire de son caractère farceur où tout est prétexte à la dérision.

Kid Dracula 17Attraper, planter, frapper, ou exploser ?

D’ailleurs, bien qu’il s’y attache davantage que son prédécesseur, le jeu se démarque très vite de la licence qu’il parodie initialement pour multiplier les références à d’autres éléments de la culture populaire occidentale et japonaise. En voici d’ailleurs un florilège très probablement non exhaustif :

  • La chevelure de Kid Dracula rappelle beaucoup celle des Super Saiyans du manga Dragon Ball signé Akira Toriyama. On s’amusera du fait que ce même auteur apprécie beaucoup les démons et vampires et qu’il en fera plus tard les héros d’histoires courtes comme dans Go Go Ackman! ou le one-shot Cowa!

Kid Dracula 18Draculameha ?!

  • Le trio de bosses du niveau 1 est appelé dans la notice les « fantômes d’Halloween du passé, présent et futur » (ils prennent la forme de spectres enfant, adulte et vieillard, ressemblant également à s’y méprendre à des membres du Ku Klux Klan dans la version japonaise, la svastika sur leur chapeau – effacée en occident – pouvant le laisser penser), ce qui fait référence aux fantômes des Noëls passé, présent et avenir que rencontre le pingre Ebenezer Scrooge dans le célèbre Un Chant de Noël (ou A Christmas Carol en VO) de Charles Dickens (1843).

Kid Dracula 19Pas de temps à perdre avec des fantômes fantoches !

  • La musique du second niveau est un remix de Golliwogg’s Cakewalk, œuvre classique de Claude Debussy qu’il dédia à sa fille.

Kid Dracula (stage 2 OST)

Golliwogg’s Cakewalk

  • Ce même stage contient des personnages issus de la culture et du folklore asiatique ; ainsi on reconnaitra vite la tortue volante Gamera (NDLR : adversaire régulier du célèbre dinosaure géant Godzilla) à éviter à de nombreuses reprises sur les montagnes russes mais l’avatar de Raijin (ou Raiden) – le dieu de la foudre – est moins familier des occidentaux, tout comme celui de Fūjin – le dieu du vent – qui l’accompagne souvent dans la mythologie mais seulement dans l’épisode Famicom pour ce qui nous intéresse ici.

Kid Dracula 20Un Koopa volant et un cornu sur un nuage supersonique ?

  • L’une des cut-scenes entre deux niveaux présente un écran avec une chauve-souris à son sommet dont se sert la Mort pour communiquer avec Kid Dracula. Ne peut-on y voir là un clin d’œil au Bat-ordinateur de Batman ?

Kid Dracula 21« Allo, Commissaire Gordon ? Comment, le Joker est de retour ?! »

  • Les têtes de robots tournoyants à cou de vis de la dernière partie du niveau 8 (c’est un ennemi unique sur Famicom où il fait figure de boss intermédiaire avant Galamoth) s’appellent Phyllis Driller dans la notice (driller signifiant perceuse dans la langue de Shakespeare), parodie du nom de l’actrice américaine Phyllis Diller notamment célèbre pour ses coiffures excentriques.

Kid Dracula 22Le rapport est pourtant évident, non ?

  • Un peu plus loin on rencontre plusieurs aliens ressemblant beaucoup aux xénomorphes de la série de films initiée en 1979 au cinéma (d’ailleurs la notice les mentionne en tant qu’aliens « illégaux de la planète X »), sans oublier que la forme ultime de Galamoth est assez confondante avec l’apparence des redoutables créatures de l’espace bien sûr… Mais après tout une autre célèbre licence de Konami faisait déjà la part belle à Alien avant que Kid Dracula ne s’en mêle : Contra / Probotector bien sûr !

Kid Dracula 23Sus à l’ennemi !

De plus, l’éditeur se permet plusieurs références à d’autres licences maison que Castlevania :

  • Pour commencer, si on tente de réaliser le célèbre code Konami dans la version Famicom, un message apparaît une fois le bouton start pressé nous précisant que la manipulation ne fonctionne pas dans ce jeu… Pire, on ne peut plus rien faire sinon enclencher reset !
  • Le faux Galamoth une fois vaincu lâche une énorme pièce à l’effigie d’Ebisumaru, l’acolyte de Goemon tous deux issus de la série méconnue (car probablement trop ancrée dans la culture nipponne pour le public occidental) Mystical Ninja, et on s’amusera en retour que la tête de Kid Dracula apparaisse en bonus caché dans l’épisode sur Super Nintendo !

Kid Dracula 24Kid Goemon ou Mystical Dracula ?

  • Même si Gradius et ses séries dérivées ont déjà leur propre licence parodique (Parodius), les célèbres shoot’em ups de Konami ont droit à quelques références dans Kid Dracula ; ainsi on reconnaitra sans problème les volcans en éruption du premier Gradius de 1986 ou les vagues de lave en arcs de cercle issues du niveau trois de Salamander / Life Force sur Famicom / NES (sorti en 1987 au Japon) reprises également plus tard dans le stage 1 de Super Probotector sur Super Nintendo…

Kid Dracula 25Quand plate-forme et shoot’em up se mêlent, c’est chaud !

  • Comble de la parodie, la licence Parodius elle-même se voit également référencée dans Kid Dracula ! En effet, le poulet géant barrant la fin du niveau 2 sur Game Boy rappelle beaucoup les bosses volants de taille similaire (le pingouin pirate ou l’aigle royal américain) du shoot’em up déjanté : ils ont tous les yeux qui sortent de leurs orbites quand ils se font toucher ! D’ailleurs le costume de l’Oncle Sam du rapace se retrouve sur tous les participants au quiz de la Statue de la Liberté dans le niveau de New York de l’épisode Famicom… Toujours sur console de salon, le boss du niveau sous-marin n’est autre qu’un petit poulpe rose dans une bulle alors que l’animal en taille géante n’est rien que le symbole de la série de shoot’em up ! Et n’oublions pas non plus que le parapluie protecteur de Kid Dracula a le même usage dans Parodius ; le nom de ce même objet est d’ailleurs parodié dans la notice en « Umbrella Lagosi », savoureux mélange du mot umbrella (soit parapluie en anglais) et Bela Lugosi, interprète inoubliable de Dracula dans le film éponyme de 1931… Kid Dracula deviendra en retour un personnage / vaisseau jouable dans Gokujō Parodius (1994) et sa suite Jikkyō Oshaberi Parodius (1995) sur Super Famicom avec son thème Go Go at the Castle remixé pour l’occasion !

Kid Dracula 26Konami, le roi de la parodie ?

Kid Dracula 27Kid Parodius !

  • Il s’agit probablement d’une coïncidence car il est différent au Japon mais en occident l’écran-titre rappelle celui de Gargoyle’s Quest, spin-off de la série Ghouls’n Ghosts de Capcom qui est souvent comparée aux premiers Castlevania… Tout comme le niveau du bateau fantôme peut faire penser à celui de Super Ghouls’n Ghosts sur Super Nintendo !

Kid Dracula 28Un spin-off qui parodie un autre spin-off, ça devient compliqué…

  • Dans ce même niveau, Kid Dracula doit à un moment éviter des tonneaux lancés du haut de l’écran roulant dans sa direction comme Jumpman/Mario devait le faire dans Donkey Kong, et on se rappelle de la présence d’un gorille – certes parodiant davantage King Kong à échelle animale classique – dans le niveau sur les toits de New York sur Famicom…

Kid Dracula 29Kong Dracula ?

  • Pour finir sur les hommages cinématographiques, dans le niveau du désert sur Famicom, Kid Dracula se fait courser par une boule géante, ce qui n’est pas sans rappeler la scène culte où Indiana Jones se trouve dans la même situation au début du film Les Aventuriers de l’arche perdue (1981).

Kid Dracula 30Courir ou mourir écrasé ?

  • A l’inverse, le robot géant à l’issue du bateau fantôme sur Famicom et Game Boy sera quant à lui plus ou moins repris comme armure mécanique du Dr Robotnik dans Sonic The Hedgehog 2 sur Megadrive en 1992 ou encore dans Rocket Knight Adventures sur la même console l’année suivante, un jeu signé Konami !

Kid Dracula 31Il n’y a pas que Konami qui a un faible pour les robots géants…

  • Comme déjà mentionné précédemment, Kid Dracula fait la part belle à la licence Mega Man ; plus on avance dans le jeu, et plus on s’éloigne de la parodie de Castlevania à proprement parler, comme s’il y avait une métamorphose du jeu vers la licence du blue bomber avec récupération de nouveaux pouvoirs au fur et à mesure, même si le titre de Konami préserve une progression classique des niveaux là où la série de Capcom laisse le choix au joueur… Pour commencer, les plates-formes des montagnes russes ressemblent à celles au début du niveau de Gutsman dans le premier Mega Man de 1987 ; le dieu de la foudre Raijin peut être pris pour l’ennemi Kaminari Goro dans Mega Man 2 où celui-ci porte également ce titre ; dans les mines du niveau 7, les robots avec des forets en guise de main font penser à Drillman de Mega Man 4 sur NES ; le boss Metal the Heavy de ce même niveau ressemble à divers robots du Dr Wily comme Hardman de Mega Man 3 toujours sur NES ; en outre, on peut voir les têtes de robots Phyllis Driller comme une sorte de forme inversée des Air Tikki de Mega Man 2 ; et le générique de fin avec Kid Dracula marchant alors que les crédits défilent avant de retrouver ses amis dans une petite animation s’achevant sur un gel de l’écran évoque elle aussi ceux de la série de Capcom (les épisodes 1 et 4 notamment).

Kid Dracula 32Capkonami ?

Cependant, la licence Castlevania se réappropriera par la suite plusieurs personnages des deux Kid Dracula :

  • Le boss Rahab (une sorte de serpent volant un peu similaire au dragon osseux de Dracula’s Curse dans ses déplacements) du niveau de glace sur Famicom reviendra dans Dawn of Sorrow sur DS en tant que monstre aquatique.

Kid Dracula 33Ça mord ?

  • Toujours sur console de salon, le boss Toutankhamun du niveau du désert rappelle Elgiza dans Portrait of Ruin sur DS.

Kid Dracula 34Il y a bien des momies dans Castlevania, pourquoi pas des Pharaons ?

  • Comme évoqué plus haut, c’est Symphony of the Night sur Playstation qui se taille la part du lion en clins d’œil à Kid Dracula : tout d’abord, les sorcières au début du niveau du ciel reviennent sous une forme plus adaptée sur 32-bits ; ensuite, le combat contre le Cerbère sur la première console de Sony est très similaire à celui contre le kirin à la fin du volcan sur Game Boy ; mais c’est surtout Galamoth lui-même qui revient en boss optionnel face à Alucard ! Enfin, le grand méchant du jeu sera derrière les machinations réunissant les guerriers dans Judgment bien qu’il n’apparaisse pas dans l’épisode Wii.

Kid Dracula 35Symphony of the Kid ?

Kid Dracula 36Mais pourquoi est-il aussi méchant ?

En résumé, Kid Dracula a beau être un spin-off, le fan de la licence mère ferait une belle erreur en l’écartant de sa liste de titres à jouer. Bourré d’humour bon enfant et de références en tous genres, c’est avant tout un très bon jeu de plate-forme old school qui souffle un vent de fraîcheur et de folie sur une série gothique comme Castlevania et contrebalance avec son caractère sombre et sérieux. On regrettera seulement que son prédécesseur sur Famicom n’ait pas eu les honneurs d’une sortie internationale pour parfaire le tableau mais l’épisode Game Boy étant davantage un remake optimisé qu’une réelle suite on pourra pardonner cet écueil malheureux. Reste qu’une nouvelle exploitation du personnage et de son univers loufoque autre qu’en caméo divers serait vraiment souhaitable de la part de Konami !

Kid Dracula 37Clap de fin sur Game Boy et Famicom…