C’est après avoir découvert Smooth McGroove qu’Olivier Longuet a décidé de se lancer lui aussi dans des vidéos multipistes sous le nom de Banjo Guy Ollie (NDLR : littéralement « Ollie le mec au banjo »). Essentiellement constitué de reprises de musiques de jeux vidéo avec des instruments à cordes, son travail s’attarde régulièrement sur les thèmes de Castlevania ! C’est donc tout naturellement que poser quelques questions à ce Français vivant en Irlande s’est fait sentir…

Banjo Guy OllieUn homme de goût !

Bonjour Ollie ! Pourrais-tu commencer par te présenter brièvement pour mes lecteurs s’il te plaît ?

Et bien comme tu l’as déjà dit, mon nom complet est Olivier Longuet. Français, vivant en Irlande depuis 1998. Mes débuts dans le jeu vidéo remontent à mes 5 ans vers 79/80… Faites le calcul 😉 Ma première console était le Videopac ; mon père bossait à Philips donc on a eu les premiers prototypes. Je devais avoir presque tous les jeux sur ce système. Tout était issu des prototypes, y compris les cartouches. Quand je pense qu’on a tout jeté des années après, j’en pleurerais presque. Ensuite on a eu le MSX puis le MSX2, toujours via Philips bien sûr. C’était des super machines et puis surtout on pouvait faire autre chose que jouer là-dessus. J’ai appris la programmation sur le MSX2 et mes premiers pas en musique. J’ai des souvenirs aussi de Pong, d’un Alice… mais les souvenirs sont flous et j’aurais du mal à les replacer dans un ordre chronologique. J’ai ensuite eu un Amiga, et on se regroupait régulièrement avec 4 autres amis pour jouer a plusieurs et on faisait à l’époque aussi quelques essais de démos et de petits jeux. Rien d’énorme mais on était déjà très à fond dans le processus créatif. Outre l’Amiga que nous avions en commun, mes amis avaient aussi d’autres machines et on se les prêtait régulièrement, j’ai donc “eu” chez moi plein d’autres consoles, les classiques de Sega et Nintendo bien sûr mais aussi un Atari ST, PC-Engine, Neo Geo … J’ai donc touché à pas mal de systèmes jusqu’à l’époque des 16/32 bits, aussi bien micro que consoles.

Mais je fais aussi plein d’autres choses comme du surf, de la peinture, des arts martiaux (judo et karaté) et aussi bien sûr, de la musique. Je suis touche-à-tout en gros, j’aime bien varier mes loisirs.

Avant de devenir Banjo Guy Ollie, ton univers était pour le moins éloigné des jeux vidéo et de Castlevania ! Comment es-tu devenu cet artiste multi-facettes ?

Je ne sais pas trop, par curiosité peut-être… par chance ou simplement parce que j’aime bien m’intéresser à tout. Comme je l’ai dit, j’aime bien varier mes loisirs. J’ai toujours été gamer, mais pas seulement. De même, je surfe depuis très jeune mais je ne me vois pas comme “seulement” surfeur… ou judoka,  idem pour la musique. Ca fait parti d’un tout pour moi. Et surtout pratiquer plusieurs formes d’expression artistique (et j’y inclus le jeu vidéo) me permet de mieux apprécier le travail des autres et de ne pas uniquement m’inscrire comme simple consommateur de contenu.

Dans son principe, la maîtrise d’un jeu vidéo n’est pas très éloignée de la maîtrise d’un art ou d’un sport. Cela nécessite de l’entrainement, de la mémorisation de schémas, une certaine coordination musculaire (donnez un contrôleur de Xbox à quelqu’un qui n’a jamais joué et beaucoup sont complètement perdus).

Mais bref pour revenir à ta question de départ c’est aussi parce que j’ai eu la chance d’être exposé à beaucoup de choses intéressantes tout jeune.  L’amour de la mer, bien sûr : on passait nos vacances sur notre bateau à Saint Malo et on sillonnait les côtes bretonnes. Ça a dû me pousser au surf dans une certaine mesure. Une passion pour la micro informatique et les jeux bien sûr. Mon grand père était artiste peintre aussi et ca me fascinait aussi donc je m’y suis mis… Bref, plein de concours de circonstances.

Tu es prolifique et la qualité de ton art est de plus en plus reconnue parmi les joueurs et les geeks en général alors que ta première vidéo ne date que de février 2014 ! Comment expliques-tu un tel succès ? Est-ce que ce mélange d’authenticité et de simplicité que tu dégages avec ton look de bûcheron et le banjo que tu utilises pour t’approprier les thèmes que tu reprends y est pour quelque chose d’après toi ?

Haha c’est possible. Le look bûcheron n’est pas forcé. Je m’habille vraiment comme ça dans la vie, même  au boulot 🙂
Mais tu touches à quelque chose de très vrai avec ça. Les gens aiment bien les figures facilement reconnaissables.  Si tu es constant dans ta manière de t’habiller ou dans tes expressions ou la manière de te comporter tu renvois une image plus iconique. Soudainement tu n’es plus une personne mais un archétype de personnalité. C’est ce qu’a compris très vite le Joueur du Grenier avec sa chemise hawaïenne et c’est une des raisons pour laquelle les personnages de dessins animés on toujours les même vêtements après 20 saisons. C’est identifiable et sécurisant d’une certaine manière. Dans mon cas, comme je l’ai dit, ça n’est pas volontaire mais l’effet est certainement le même. J’y ai pensé au départ d’ailleurs et je me suis dit que j’étais certainement suffisamment “caricatural” comme ça sans avoir besoin d’artifices supplémentaires 🙂

Cela dit le look  permet juste de cimenter le reste et n’est pas le vecteur de succès d’une chaîne. Seul le contenu est important. Ce que j’aime dans Youtube c’est le côté “amateur mais propre” qui sépare des artifices de la TV. J’essaie de garder les reprises aussi simples et proches de l’originale que possible. J’ajoute parfois quelques  touches personnelles mais elles doivent absolument rester minimalistes (quelques harmonies ou un accompagnement) et doivent uniquement servir à homogénéiser l’ensemble et à valoriser la composition originale. C’est ce qui, à mon avis, a fait le succès de Smooth McGroove. Il n’ajoutait pratiquement rien à la composition originale et on avait presque l’impression que les morceaux étaient faits pour être joués a capella.

La musique t’accompagne depuis toujours. Est-ce l’ingrédient indispensable d’une œuvre comme un jeu vidéo pour rendre celle-ci unique et mémorable selon toi ?

Oui. 100% oui. La musique est l’un des arts les plus évocateurs. Tu peux regarder un screenshot d’un jeu rétro pendant des heures et ne rien en tirer mais entendre la musique du même jeu va tout de suite évoquer des souvenirs : un lieu, des personnes, une époque… mais surtout une ou des émotions. Énormément de jeux moyens on été “sauvés” par leur bande-son. Une expérience à faire est de couper le son en jouant à un jeu. L’expérience est complètement différente et on s’aperçoit parfois que certains jeux ne sont pas aussi bons que l’on pensait. Le son seul provoque des émotions profondes chez tout le monde qui remplissent les trous présents dans le jeu. C’est la madeleine de Proust du JV 🙂

Parlons Castlevania maintenant ! Ta première reprise n’est autre que le célèbre thème Vampire Killer, et je sais que tu as un attachement tout particulier pour la licence gothique de Konami grâce à l’épisode sur MSX2. Peux-tu nous raconter ces souvenirs et cette fascination d’enfant qui ont traversé les années jusqu’à aujourd’hui pour aboutir à cet hommage que tu rends régulièrement à la franchise dans tes vidéos ?

Je me souviens encore du jour ou j’ai acheté (enfin où mes parents ont acheté) le jeu. A l’époque on achetait les jeux selon la jaquette. Il n’y avait que très peu de magazines de tests et encore moins pour MSX  (y avait MSX News pas facile à trouver, devenu ensuite Micro News qui faisait des tests réguliers mais bien des années après). J’ai vu la jaquette, les screenshots et j’ai pris le jeu illico.

Une fois chez moi, j’étais complètement bluffé, tout était parfait, les graphismes, le gameplay et bien sûr… la musique. L’immersion était complète, j’avais vraiment l’impression que c’était moi qui était coincé dans ce château. Il aura fallu attendre Resident Evil pour recréer cette impression de huis clos pour moi. C’est un jeu auquel je rejoue toujours, régulièrement et il n’a pas vraiment vieilli.

Je n’ai connu la version NES que bien plus tard. Elle est excellente bien que très différente dans la façon de jouer. La version MSX favorise l’exploration, un peu à la Metroid alors que la version NES est plus linéaire. Je les vois vraiment comme 2 jeux différents. La version MSX serait une version 1.5 disons.

C’était un choix tout naturel que de reprendre le morceau Vampire Killer en premier lieu. Déjà parce que c’était mon morceau préféré et je le connaissais par cœur, ce qui m’a facilité la tâche. L’exercice pour moi était alors de voir comment filmer, éditer et synchroniser le tout.

Excepté Vampire Killer sur MSX2, quel(s) autre(s) jeu(x) de la licence t’a/ont marqué et pourquoi ?

Le 2 et le 3 sur NES et les 2 jeux Game Boy sont aussi très bons à mon goût. Je les aime bien. Le 2 avait un côté aventure que je ne trouvais nulle part. On était vraiment paumé comme le serait Simon et je trouvais ça plutôt cool. C’était un rapprochement vers la version du premier sur MSX. Il fallait essayer, explorer, chercher, attendre. Même si il y avait de l’abus de la part de Konami, c’était plutôt intéressant. Le 3 ajoutait des personnages en plus et une histoire à faire tourner la tête. L’univers se développait et on sentait que l’on avait affaire à une œuvre plutôt qu’un simple JV.

Étrangement j’ai beaucoup moins accroché aux épisodes 16-bits de Castlevania à l’époque. Je trouvais ça trop “lourd” en fait.  Par contre j’ai plutôt aimé le Lord of Shadows et sa suite. Du coup j’ai essayé Mirror of Fate  sur Xbox360 et ça m’a donné envie de reprendre Symphony of the Night et Super Castlevania 4… Il faut que je me trouve Castlevania : Chronicles aussi mais il coûte cher celui ci 🙂

Mais je ne suis pas objectif concernant la licence et l’époque 8-bits reste ma préférée, par nostalgie certainement 🙂

Castlevania a une saveur particulière pour bon nombre de joueurs à travers le monde. Est-ce que la licence a effectivement quelque chose que tu ne retrouves dans aucun autre jeu vidéo ?

C’est difficile à dire. Il y a un facteur de nostalgie énorme quand on parle de Castlevania et c’est dur d’être complètement objectif.  Les jeux étaient tout de suite maniables et faciles d’approche, avec une difficulté bien dosée et croissante permettant d’offrir un challenge constant. Et l’ambiance gothique était bien rendue sans être outrancière. Il y avait un sentiment d’oppression constante tant dans les graphismes que dans la musique. Et puis la reprise de thèmes populaires gothiques et d’éléments de mythologie de diverses cultures est un facteur essentiel. Tout le monde arrive à y reconnaître quelque chose de familier.

Beaucoup d’autres jeux doivent d’abord imposer leur univers au joueur et le faire comprendre de façon logique et rapide. Castlevania n’avait pas ce problème : Dracula, Frankenstein, la méduse, etc. tout le monde connaît, donc le jeu commence en terrain familier.

Tu es grand amateur de surf ; l’eau et la mer sont des éléments importants pour toi, synonymes de mouvement perpétuel et d’évasion (notamment chez les Celtes dont tu es un digne héritier) ; c’est quelque peu antinomique avec le huis-clos quasi-permanent de Castlevania et son caractère gothique ! Faut-il voir dans cet apparent paradoxe la manifestation de la part sombre de ta personnalité sous des apparences de gars simple et bon vivant ?

Haha c’est possible. Je n’y ai jamais vraiment trop réfléchi. Je suis bûcheron, pas psychologue.
Le ciel est très bas ici en Irlande et plutôt gris donc je suis un peu dans un Castlevania permanent, même quand je surfe 🙂

Blague mise a part, c’est plutôt vrai que ça n’est pas vraiment le genre de questions que je me pose. Je surfe, c’est tout … mais je ne fais pas que ca 🙂

J’ai fait des interviews pour des sites et magazines d’art et d’autres pour des mags de surf et on me pose souvent la question de mes goûts éclectiques. Beaucoup de milieux spécialisés comme le surf, la musique ou le JV aiment considérer leur exercice de façon exclusive : on ne peut pas être surfeur et aimer la musique celtique, ou les jeux vidéo… On ne peut pas aimer la pratique sportive et la lecture etc.

Les récents “faux pas” à la TV concernant les gamers montrent que le désir de mettre les gamers dans une case unique est toujours bien présent.  L’incompréhension envers les gamers existe mais elle est aussi présente chez les gamers envers d’autres centres d’intérêt. Je me fais souvent chambrer par mes amis gamers parce que je pratique le karaté et le judo par exemple (alors qu’ils n’ont étrangement aucun problème à se taper dessus via Street Fighter 🙂 ). C’est très dommage je trouve. Le surf et le sport en général m’offrent quelque chose que je ne retrouve pas forcément dans les jeux vidéo, idem pour la musique ou les arts plastiques… ou la création de vidéos sur Youtube. Comme je l’ai dit, ça fait parti d’un tout pour moi, enfin je pars hors sujet un peu là 🙂 … Mais mon point de vue est que plus nos centres d’intérêts sont riches est variés plus on se sent accompli intérieurement et plus on est a même d’apprécier le monde qui nous entoure à sa juste valeur.

… La vache, sacrée analyse pour un bûcheron !

L’idée d’un album complet de reprises de morceaux de Castlevania est-elle envisageable pour toi ou crains-tu de t’enfermer avec Dracula dans son château et de ne plus pouvoir en sortir ?

Pas du tout, c’est même prévu. J’attends d’avoir 12 reprises complètes (j’en suis a 5 au moment ou j’écris ces lignes). Il consistera surtout de reprises des morceaux 8-bits . Mais je n’en dis pas plus…

J’attends ça avec impatience ! D’autres artistes comme Vadu Amka par exemple rendent hommage à Castlevania sous diverses formes. Etant toi aussi un touche-à-tout, t’approprier la licence à travers la peinture en plus de jouer de la musique fait t-il parti de tes projets ou n’y as-tu même pas songé ?

J’y ai pensé, mais je manque de temps surtout. J’ai déjà 2 chaînes Youtube à fournir et tout le reste, je n’ai plus trop de place pour un projet supplémentaire en ce moment… Il me faut quand même un peu de temps pour jouer aussi 🙂 Pour le moment mon hommage sera uniquement musical 🙂

Merci à toi d’avoir bien voulu prendre un peu de temps pour répondre à mes questions, je te souhaite bon vent dans l’expression de ton art. Kenavo !

Merci 😉

Pour aider Banjo Guy Ollie à poursuivre son travail, n’hésitez pas à le soutenir ici ou à le suivre sur sa page Facebook !