Acte I, scène 6 : Une œuvre de référence(s) ?

Les membres de MercurySteam sont facétieux : loin de se contenter de se réapproprier et de redéfinir les codes de la licence, ils s’amusent avec les fans attentifs. A ce titre, la lecture des parchemins des chevaliers tombés au combat est très instructive. Le Diable est dans les détails, comme dit l’expression ! Voici les références à d’autres épisodes de la série que l’on peut remarquer :

  • L’armure rouge que porte Gabriel rappelle fortement celle de Simon Belmont dans Simon’s Quest sur NES, et les bois de Veros du chapitre 5 apparaissent également dans Castlevania II.
  • Le thème joué dans la boîte à musique au chapitre 9 est une reprise de Vampire Killer, morceau incontournable de la série depuis le premier épisode.

  • Dans son prologue à l’affrontement entre Gabriel et Carmilla au chapitre 8, Zobek promet que la Reine des vampires « pleurera des larmes de sang » avant de mourir, ce qui est une belle allusion au thème culte Bloody Tears présent dans de nombreux épisodes à l’instar de Vampire Killer.
  • Carmilla a gardé prisonnier un certain Friedrich Von Frankenstein, savant fou, qui fait évidemment référence à la créature de Frankenstein du jeu originel, mais ici sous une toute autre forme !
  • Le célèbre Slogra, boss redoutable de Super Castlevania IV, fait un caméo remarqué dans l’épilogue.
  • La Reine des Vampires Carmilla et sa « fille » Laura apparaissent ensemble dans Rondo of Blood (Carmilla étant un boss et Laura sa servante). Egalement on notera que le prénom de la petite amie de l’un des chevaliers morts est Iris, autre personnage de l’opus PC Engine.
  • Le commandant des vampires qu’affronte Gabriel avant d’atteindre Carmilla s’appelle Olrox, c’est le même nom qu’un boss de Symphony of the Night. Par ailleurs, un parchemin mentionne la légende du château de Carmilla qui peut changer de forme suite à un pacte fait avec un démon, et c’est également ce qu’Alucard raconte à Maria à propos du château de son père dans l’épisode 32 bits. Enfin, dans le DLC Resurrection, Gabriel coupe court à la discussion qu’il a avec l’Oublié en prononçant les mots « But enough talk. Have at you ! » avant de croiser le fer, ce qui fait directement écho aux propos-mêmes de Dracula mettant fin à son discours face à Richter au tout début de Symphony of the Night.

Olrox Slogra

  • La sorcière Malphas, reine des corbeaux du chapitre 4, apparaît dans plusieurs épisodes en tant que boss ou simple ennemi.
  • Le Seigneur des Lycans s’appelle Cornell, ce qui est également le nom de l’un des personnages jouables (lui-même loup-garou) de Legacy of Darkness sur Nintendo 64.
  • Le cuisinier de Carmilla est avant tout un ennemi rencontré dans Aria of Sorrow.
  • Le château de Carmilla appartenait à l’origine à la famille Bernhard, faisant écho au personnage de Walter Bernhard de Lament of Innocence lui-même puissant seigneur vampire (son prénom apparaîtra d’ailleurs dans un parchemin de Mirror of Fate). De plus, la fiche personnage de Gabriel Belmont explique qu’il est un orphelin recueilli par la Confrérie mais mentionne une rumeur quant à ses origines probables chez la famille Cronqvist, faisant référence au personnage de Mathias Cronqvist dont le destin scelle les fondations de la série et constitue un bien bel indice quant au destin de Gabriel. Par ailleurs, Rinaldo Gandolfi est à la fois le créateur de la Croix de Combat de Gabriel (qui sera plus tard surnommée « Tueuse de Vampires » ou « Vampire Killer ») et le nom du créateur du célèbre fouet Vampire Killer fabriqué à la base pour Leon Belmont toujours dans Lament of Innocence. Enfin, l’Oublié, le vrai boss final (et très difficile) de Lords of Shadow (issu du DLC Resurrection), est un boss optionnel (mais non moins difficile) dans l’épisode Playstation 2.
  • L’abbé Dorin porte le même nom que le moine Vincent Dorin que l’on rencontre dans Portrait of Ruin sur DS. Issu du même jeu dans le rôle du seigneur vampire devenu maître du château de Dracula, on retrouve Brauner en tant que boss capitaine des vampires (et frère d’Olrox) dans le chapitre 5.
  • Quant à Order of Ecclesia, il partage avec Lords of Shadow le nom de son village principal (Wygol) qui sera dans le reboot le théâtre de l’affrontement contre Brauner. Enfin, le personnage d’Albus dans l’épisode DS utilise une arme appelée Agharta qui fait référence à la cité perdue du même nom dans le chapitre 2.

En outre, si les développeurs de MercurySteam s’amusent de la mythologie de Castlevania, on peut découvrir d’autres easter eggs vidéoludiques :

  • Le lien le plus évident est celui avec Metal Gear Solid en raison de l’implication de Kojima dans le développement de Lords of Shadow ; d’abord on peut remarquer la brève apparition du thème principal de la série d’infiltration lors d’un court passage dans les murs de la cuisine du château de Carmilla dans le chapitre 6 ; et en guise de bonus pour avoir fini le jeu, on peut affubler Gabriel d’un bandana – tel Solid Snake – comme d’un Solid Eye (gadget issu de Metal Gear Solid 4 : Guns of the Patriots sur Playstation 3).

  • Un parchemin de la forêt enchantée (chapitre 2) parle du grand arbre Deku, disparu lors des guerres nécromantiques. C’est une belle référence à l’arbre Mojo (ou Deku en VO) du mythique The Legend of Zelda : Ocarina of Time sur Nintendo 64.
  • Un chevalier mort de faim écrit sur un parchemin que « le ‘gâteau’ n’est pas un mensonge », clin d’œil au jeu Portal dans lequel on apprend que « le gâteau est un mensonge » (lui-même parodie du message de la princesse Peach invitant Mario à son château dans Super Mario 64 !). Plus loin un autre parchemin parle de la magie Aperture pour créer des portails de téléportation, ce qui est une référence directe aux laboratoires de l’entreprise Aperture Science, où se déroulent les évènements de Portal. Enfin, et de manière plus flagrante, Gabriel doit résoudre avec l’aide de Zobek une énigme à base de portails magiques pour infiltrer le monastère à partir des catacombes dans le chapitre 5, puis en utilisera d’autres au chapitre 11, dans le niveau « L’abîme du nécromancien ».
  • Clin d’œil plus difficile à déceler, un parchemin signé H. mentionne les morts de Frère Bernard et Sœur Laverne, deux des personnages principaux de Day of the Tentacle de Lucas Arts, le troisième rôle du jeu revenant à Hoagie (qui est probablement l’auteur du parchemin).
  • La sorcière Baba Yaga dans son incantation pour rapetisser Gabriel et le faire entrer dans la boîte à musique au chapitre 9 utilise le mot « Contra » qui n’est rien que le titre original d’une autre grande licence de Konami connue chez nous sous le titre Probotector !Gabriel Snake
  • Et pour terminer, le chara-design du fossoyeur n’est pas sans rappeler un peu celui d’un boss charismatique d’une autre licence réputée de Konami, à savoir l’épouvantable Pyramid Head de Silent Hill 2 !

Vous pensez qu’il n’y a pas de références cinématographiques dans Lords of Shadow à part Le Seigneur des Anneaux ? Quelle belle erreur !

  • Fan déclaré de Guillermo Del Toro, le réalisateur du jeu et co-fondateur de Mercury Steam Enric Alvarez a très certainement voulu rendre hommage au film Le Labyrinthe de Pan (2006) avec le dieu éponyme de Lords of Shadow.
  • On notera que la coiffure de Laura fait penser à celle du Comte au début du film Dracula (1992) de Francis Ford Coppola.

Pan Dracula

  • Vus ensemble, Gabriel et Zobek évoquent l’Ecossais Connor Mc Leod (interprété par le Français Christophe Lambert) et l’Espagnol Ramirez (joué par l’Ecossais Sean Connery) du film Highlander (1986), deux immortels pris dans la tourmente d’une lutte ancestrale de leurs pairs pour la suprématie d’un unique représentant…
  • Seul, Zobek ressemble à l’acteur Christopher Lee, célèbre pour son interprétation de Dracula dans les films de la Hammer dans les années soixante, et plus récemment pour ses rôles de Saroumane dans Le Seigneur des Anneaux (décidément !) et du Comte Dooku dans Star Wars : l’attaque des clones (2002) et La Revanche des Sith (2005) ; bizarrement que des rôles de traîtres manipulateurs…
  • Quitte à parler de Star Wars, comment ne pas comparer le destin de Gabriel Belmont à celui d’Anakin Skywalker, tous deux chevaliers d’un Ordre du bien considérés par leurs pairs comme des Elus ? On pourrait également voir Pan tel l’Obiwan Kenobi vieux et sage interprété par Alec Guinness dans la trilogie originelle (1977 – 1983)…

Highlander Zobek Lee Obiwan

  • Enfin, dans le DLC Resurrection, on peut découvrir un parchemin évoquant « la bête de Aaaargh ». Il s’agit là d’une bien belle allusion à une blague des Monty Python tirée de leur film Sacré Graal ! (1975) dans lequel la troupe du Roi Arthur découvre dans une grotte un message similaire sur un mur avant que la bête du même nom ne leur tombe dessus !

N’oublions pas non plus que Lords of Shadow puise dans le folklore païen pour étoffer son background :

  • Pan est une divinité de la Nature, protecteur des bergers et des troupeaux dans la mythologie grecque ayant l’apparence d’un satyre, moitié homme moitié bouc. Malgré son côté bienveillant, sa croyance disparaîtra au profit du Christianisme par la suite. Dans Lords of Shadow, Gabriel part à sa rencontre dans le chapitre 1 en se demandant s’il existe encore (ce n’est pas pour rien s’il vit près du lac de l’Oubli) et l’ancien Dieu le guidera dans sa quête.
  • Le royaume sous-terrain d’Agharta fait référence à une antique civilisation perdue (orthographiée « Agartha »), à l’instar de l’Atlantide. Dans Lords of Shadow, la cité a disparu suite aux guerres nécromantiques malgré son avance technologique, notamment celles sur les Titans protecteurs dont les derniers modèles en état de marche donneront du fil à retordre à Gabriel.
  • La sorcière Baba Yaga est un authentique personnage de contes et légendes slaves, mangeuse d’hommes et particulièrement friande de petits enfants, vivant dans une petite cabane haut perchée sur deux pattes de poulets et pouvant éventuellement se déplacer ! Ce dernier détail n’apparaît pas dans Lords of Shadow, contrairement à son amour pour les roses bleues qui lui permettent de rajeunir ; elle demande en effet à Gabriel d’aller lui en chercher une dans une boîte à musique en échange de la direction vers le territoire du Nécromancien. On remarquera que c’est un personnage apparaissant également dans d’autres jeux vidéo (sous une forme différente), notamment dans The Legend of Zelda : Twilight Princess sur Game Cube et Wii.
  • Enfin, les Chupacabras, petites créatures peu dangereuses mais agaçantes car elles volent les pouvoirs magiques de Gabriel à plusieurs reprises dans Lords of Shadow, s’inspirent des êtres du même nom issus du folklore d’Amérique Latine et connus pour sucer le sang d’animaux (leur nom signifie « suceur de chèvres » en espagnol), faisant d’eux des sortes de mini-vampires…

Les clins d’œil envers le roman gothique parsèment la licence Castlevania depuis déjà longtemps et n’épargnent pas Lords of Shadow :

  • L’œuvre fondatrice de l’Irlandais Bram Stoker pour commencer, à savoir Dracula (1897) ! Roman épistolaire, chaque chapitre correspond à plusieurs pages du journal d’un personnage (à commencer par celui de Jonathan Harker qui loge chez le Comte Dracula) tandis que chaque niveau de Lords of Shadow (en exceptant ceux des chapitres 13 et 14) est introduit par une page du journal de Zobek lue par celui-ci pendant le temps de chargement.
  • Si Carmilla et Laura sont les seuls vampires de haut rang dans Lords of Shadow et que Dracula n’est pas encore de la partie, c’est probablement en référence au roman Carmilla (1871) de l’Irlandais Sheridan Le Fanu  – écrit bien avant l’œuvre de Bram Stoker et qui inspira beaucoup ce dernier – dans lequel une femme vampire du nom de Carmilla s’amourache d’une jeune fille prénommée Laura et finit par la transformer en créature de la nuit…
  • Et comment ne pas penser au Frankenstein (1818) de l’Anglaise Mary Shelley dans le chapitre 7 où Gabriel explore le laboratoire électrique du savant fou Friedrich Von Frankenstein et affronte sa créature ? La différence majeure est que le docteur Victor Frankenstein dans le roman, en quête de rédemption, souhaite retrouver et détruire sa créature, mais finit par mourir avant d’atteindre son but, tandis que celui de Lords of Shadow n’est décrit que comme un être purement diabolique, qui sera puni pour ses atrocités par Carmilla dans un supplice aussi douloureux que sans fin. Enfin, dans le DLC Reverie, il est possible de collecter les doigts du scientifique, et Gabriel devra réparer et utiliser une machine temporelle créée par ce cher docteur pour atteindre une autre partie du château.

Stoker Le Fanu ShelleyEnfin, la foi chrétienne a également une place très importante dans Lords of Shadow et si ce ne sont pas les références bibliques et historiques qui manquent, elles sont souvent détournées :

  • Gabriel fait parti de la Confrérie de la Lumière, sorte d’ordre de chevaliers « saints » issu des Croisades. Cela fait peut-être également allusion à l’Ordre du Dragon auquel appartenait Vlad Dracul, père de Vlad Tepes dit « l’Empaleur » (le personnage historique ayant inspiré celui fictif de Dracula). A noter que le surnom de « Dracul » (« diable » en roumain) vient du latin « draco » qui veut dire « dragon » et se réfère à son investiture dans l’Ordre du Dragon.
  • Le héros s’appelle Gabriel et fait évidemment référence à l’archange Gabriel, messager de Dieu et considéré comme sa main gauche, dont le prénom signifie en Hébreu « la force de Dieu ». Il est également connu pour être le saint ange préposé au paradis, aux enfants, et…  aux dragons.
  • La femme assassinée de Gabriel s’appelle Marie ; elle est la mère de Trevor dont elle taira l’existence à son époux sous pression des dignitaires de la Confrérie (ce que l’on apprendra dans Mirror of Fate). Elle apparaît et parle à Gabriel sous forme spectrale pour lui annoncer la mission qui lui incombe pour sauver l’humanité. On pense bien sûr à la Vierge Marie qui portera l’enfant Jésus, fils de Dieu et sauveur des hommes, et dont la grossesse miraculeuse lui est révélée par l’archange Gabriel !
  • Claudia, la fille muette et télépathe protégée par un golem et dernière représentante de la civilisation d’Agharta, fait peut-être référence à Claudia Procula, épouse de Ponce Pilate, qui aurait pris la défense de Jésus – en vain – en déclarant à son mari :

Qu’il n’y ait rien entre toi et ce juste ; car aujourd’hui j’ai beaucoup souffert en songe à cause de lui.

  • Dans le jeu Claudia a vu le destin de Gabriel en sondant son esprit et en a eu peur au début. De plus, dans Le Livre du Coq (écrit au Vème siècle), Claudia Procula y est décrite comme une fervente croyante prête à mourir pour le Christ, tandis que dans Lords of Shadow Claudia accepte de se sacrifier pour que Gabriel puisse accomplir sa destinée !
  • Les Seigneurs de l’Ombre (comme les fondateurs de la Confrérie de la Lumière) sont au nombre de trois, chiffre symbolique de la Trinité, c’est-à-dire le dogme du Dieu unique en trois entités : le Père, le Fils et le Saint Esprit.
  • L’armure que porte Pan sous sa forme guerrière fait penser à un séraphin, catégorie d’ange supérieur.

Seraphin

  • Satan est le nom du Diable dans le Christianisme. Il s’agit d’un ange déchu (également appelé Lucifer) excommunié sur Terre pour avoir voulu devenir l’égal de Dieu en menant une rébellion. Il est l’incarnation du Mal à l’état pur, toujours vu comme un manipulateur et un tentateur prêt à tout pour arriver à ses fins. On remarquera d’ailleurs que c’est à Dracula que l’on attribue d’habitude ces traits, et que celui-ci est devenu vampire en s’insurgeant contre Dieu après avoir perdu sa femme en combattant au nom de son Créateur dans le film de Francis Ford Coppola…

***

Acte I, scène 7 : Dualité et proximité du bien et du mal, ou un jeu de masques